Hollande Président

Désastreux ? Honorable mais incompris ? Moyen et oubliable ? A l’heure où s’achève la présidence de François Hollande, les opinions divergent sur son bilan, avec toutefois une nette prédominance des critiques.

François Hollande en 2015« Désastreux » est un qualificatif qui aura souvent été entendu au cours du quinquennat. En cause : les mauvais résultats économiques qui se sont succédé pendant au moins trois ans et demi. A cela s’ajoutent les contestations sociales virulentes (Manif’ pour tous, Bonnets rouges, Notre-Dame-des-Landes, Loi Travail) qui n’ont pas toujours été bien gérées par les gouvernements Ayrault ou Valls, auxquels des reproches d’amateurisme et de cacophonie ont souvent été adressés. Autre critique récurrente : celle d’un Président n’ayant pas la carrure et qui, dans un style différent de Sarkozy, a décrédibilisé la fonction qu’il occupait.

« Honorable mais incompris », c’est le point de vue qu’avancent les (rares) défenseurs de Hollande. Pour eux, le Président a peut-être pêché au niveau de la communication, mais les mesures qu’il a eu le courage de prendre s’imposaient pour redresser le pays, comme en témoigne la reprise économique qui se manifeste depuis l’été 2016. A son crédit, ils ajoutent le mariage pour tous, ainsi que l’action en matière de transparence de la vie publique et les positions fermes adoptées lors des affaires Cahuzac ou Thévenoud.

Entre ces deux positions se trouve celle des « moyen et oubliable », pour qui le quinquennat n’a été ni catastrophique ni satisfaisant, mais caractérisé d’une part par un contexte économique difficile qui aura été davantage subi que réellement modifié, et d’autre part par des crises aiguës (la vive contestation du mariage pour tous, ou, dans un registre très différents, les attentats de janvier et novembre 2015), dont la gestion aura alterné le pire et le meilleur.

Hollande en avait fait le juge de paix de son mandat, et il a souvent dû regretter ce choix. La lutte contre le chômage, « l’inflexion de sa courbe », tel était son grand pari, celui qui déciderait de sa réélection, voire, à mesure que passaient les mois, de sa nouvelle candidature ou pas. Au bout du compte, cette inflexion a eu lieu. Mais tard. Très tard. Trop tard. 2013, 2014 et 2015 ont vu le nombre de demandeurs d’emploi augmenter avant que, enfin, 2016 ne voie cet indicateur refluer, tout en étant toujours supérieur au niveau de 2012.

D’emblée le quinquennat a été marqué par une dégradation de la situation, avec l’annonce le 12 juillet 2012 (deux mois après l’entrée en fonction de François Hollande) de 8 000 licenciements chez Peugeot, des licenciements prévus de longue date, mais dont la direction de l’entreprise avait retardé l’annonce à la demande du gouvernement précédent. Dans les mois qui suivent, les mauvaises nouvelles continuent de survenir et le chiffre du chômage de monter. Pour contrer cette tendance, le gouvernement Ayrault lance en novembre 2012 le CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, lequel vise à abaisser le coût du travail), puis, en décembre 2013, le pacte de stabilité (moins de charges sur le travail et de contraintes sur les activités des entreprises, en échange de plus d’embauches). Fin mars 2014, le gouvernement Valls prend la relève et lance en août 2015 la loi Macron (qui contient entre autres un assouplissement du travail dominical et la libéralisation du transport en autocar), puis, en août 2016, la loi El Khomri (qui porte sur le droit du travail et revient notamment sur les conditions de licenciement économique et les heures supplémentaires).

Caractéristiques de ces mesures : elles s’inscrivent toutes dans la logique d’une politique d’offre visant à favoriser les entreprises, ce qui n’est pas d’abord sans surprendre, puis fâcher, l’électorat de gauche qui a élu Hollande. La contestation va ainsi aller crescendo et déboucher sur une fracture profonde au sein même du parti socialiste, divisé entre d’une part son aile droite, pro-gouvernementale, adepte d’une politique économique libérale et incarnée par Manuel Valls et Emmanuel Macron, et d’autre part son aile gauche, critique vis-à-vis des choix de l’exécutif et incarné notamment par Arnaud Montebourg et Benoît Hamon … qui font eux-mêmes partie du gouvernement.

De dissensions en critiques à peine voilées, l’attelage finit par craquer : en août 2014, une énième petite pique provocatrice de Montebourg permet à Valls d’obtenir d’Hollande qu’il se sépare de celui qui était alors ministre de l’Économie. Dans la charrette l’accompagnent le ministre de l’Éducation Benoît Hamon et la ministre de la Culture Aurélie Filipetti. Dès lors, la rupture est consommée et les « frondeurs » prennent ouvertement position contre le gouvernement (avec, en point d’orgue, une tentative de motion de censure lors du passage en force via le 49.3 de la Loi El Khomri). Conséquence : le PS est désormais déchiré en deux camps irréconciliables qui ne vont plus cesser de se mettre des bâtons dans les roues.

En attendant, après trois années de galère, une embellie économique apparaît. Grâce aux mesures adoptées par les gouvernements Ayrault puis Valls ? La réponse est délicate. D’un côté l’amélioration de la situation est avérée. De l’autre, si le CICE et le pacte de stabilité ont eu des effets, ils ont été longs à se matérialiser. En outre, en termes de croissance, si celle-ci est repartie à un niveau décent en 2015 et 2016 (respectivement +1,3% et +1,2%), force est de constater qu’elle est depuis 2014 nettement inférieure à celle de la zone euro, d’où le sentiment que l’activité économique française a davantage accompagné une reprise conjoncturelle que réellement été dopée par la politique menée sous François Hollande (sans que celle-ci ait pour autant été inutile).

Autre indicateur très observé : le déficit public, supposé être inférieur à 3% afin de respecter les critères de Maastricht. Dans la pratique, ce déficit partait d’un haut niveau (-4,8%) en 2012, et il n’a pas été possible de le ramener dans les clous comme annoncé lors de la campagne présidentielle (-3,4% en 2016, avec toutefois la perspective d’être sous les 3% en 2017). Principal motif invoqué par François Hollande : des comptes trouvé dans une situation bien plus dégradée que prévu, un problème qui limita la marge de manœuvre de Hollande et le conduisit à mener une politique d’austérité qui ne dit pas son nom, notamment via une augmentation des impôts lors des deux premières années du quinquennat.

Au bout du compte, le bilan économique de François Hollande est paradoxal. D’un côté il quitte la scène sur une bonne note (le chômage baisse enfin et le déficit public 2017 devrait s’établir sous la barre des 3%), mais le souvenir qui lui restera le plus associé sera celui des trois ou quatre premières années de son quinquennat, au cours desquelles la situation ne s’améliora pas de façon substantielle, voire se dégrada, et conduisit à un revirement politique qui lui est fortement reproché.

François Hollande en 2015Un « président normal ». C’est ainsi que François Hollande avait promis qu’il serait : un président « normal », qui ne tomberait pas dans les excès ostentatoires et monarchiques reprochés à Nicolas Sarkozy, et qui exercerait le pouvoir avec dignité et sobriété. Un président « normal », donc. De cette expression, beaucoup n’ont toutefois retenu que l’adjectif, oubliant (ou faisant mine d’oublier) que, par définition, président est une fonction spéciale, dont la normalité ne sera jamais similaire à celle que pourrait connaître un simple quidam.

Cette erreur, cet oubli, Hollande lui-même l’a commis, au point de tomber dans le travers inverse de celui attribué à son prédécesseur. L’intention était pourtant louable : réduire le train de vie élyséen et dégonfler l’aspect boursouflé de la présidence pour se rapprocher des Français, difficile de ne pas l’approuver. Problème : Hollande a également agi ainsi pour échapper au contrainte que cette présidence pouvaient faire peser sur son mode d’existence, revendiquant une autonomie discrète qui pouvait poser question en matière de sécurité, et surtout s’avéra catastrophique en termes d’images lorsque sortirent les fameuses photos du chef de l’Etat quittant en scooter un appartement où il venait de rencontrer sa maîtresse (cf. infra).

Plus globalement, en refusant de changer certains de ses comportements (notamment avec les journalistes, cf. infra) et en voulant apparaître comme « normal » tout en étant dépourvu du charisme nécessaire pour susciter naturellement le respect, Hollande a banalisé la fonction et vite perdu l’autorité qu’elle lui conférait. Son attitude conjuguée aux difficultés économiques et aux couacs de l’exécutif (cf. la section « gouvernement ») fait qu’il n’a jamais connu d’état de grâce, d’emblée, il est devenu la cible de moqueries, d’insultes, de procès en incompétence et de mépris généralisé. Si d’autres présidents ont connu des situations difficiles, jamais elles ne sont survenues aussi rapidement ni aussi longtemps ni aussi profondément, à tel point que Hollande a décroché le titre peu envié de président le plus impopulaire de la Ve République, l’indice de satisfaction à l’égard de son action chutant même à 4% (quatre !) en octobre 2016.

Comme on le voit, le jugement à son égard est sévère. Trop ? Sans doute. D’abord, François Hollande a toujours cherché à bien faire, à agir dans l’intérêt de la nation ou de ce qu’il croyait bon pour elle, et jamais dans une optique personnelle. Cela ne signifie pas que les calculs politiques aient été absents de ses pensées, mais, en aucun cas, il n’y a à son égard le moindre soupçon d’affairisme, de confit d’intérêt ou de mélange des genres. De ce point de vue, Hollande est irréprochable (y compris dans la gestion de la plupart des « affaires » qui ont éclaté pendant son mandat, cf. cette section), là où tant de ses prédécesseurs ont cédé à la tentation.

 

Couverture du livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme "Un président ne devrait pas dire ça ..."Ensuite, Hollande a toujours eu conscience des responsabilités qu’il portait et qu’il se devait d’incarner. Là où le bât a blessé, c’est dans la matérialisation de cette conscience, dans son expression concrète. L’impression laissée est celle d’un homme qui n’a pas su franchir le pas entre ce qu’il rêvait d’être et qui il était, un homme qui n’a pas su transcender sa personnalité, bref, comme Sarkozy, dans un genre différent, un homme qui n’a pas su endosser les habits de la fonction. Cette impression, le livre de Davet et Lhomme Un président ne devrait pas dire ça … l’avive cruellement. Les comptes-rendus de entrevues qu’ils ont eues avec le Président font en effet souvent apparaître celui-ci comme une personne désinvolte, vite content d’elle, et s’adonnant avec délectation aux commentaires de politique politicienne. Ils le montrent aussi fuyant, déniant avoir commis des erreurs, et distribuant avec légèreté bons et mauvais points envers ses ministres et les membres de la classe politique.

Outre la vision de l’homme qu’il transmet, le livre de Davet et Lhomme a également ceci de particulier qu’il a été le clou sur le cercueil de ses ambitions pour un second mandat. A sa sortie, Un président ne devrait pas dire ça … fait en effet un tollé et aliène à Hollande nombre de ses derniers soutiens, dont le Premier ministre Manuel Valls, qui le convainc alors de ne pas se représenter.

Une question qui se pose alors est : « Mais qu’espérait donc le Président en se confiant comme il s’est confié à ces journalistes ? » En faire des confidents bienveillants qui chanteraient les louanges de son mandat ? Leur faire écrire combien brillante et efficace a été son action ? Si tel a été le calcul de Hollande, c’est peu dire qu’il s’est fourvoyé, le passé de Davet et Lhomme indiquant clairement que ceux-ci n’avaient rien de gentils hommes de paille prêts à avaler n’importe quelle couleuvre et écrire ce qui leur est dicté.

Cette explication d’un calcul erroné du Président n’en exclut pas une autre : avoir réellement voulu, en toute candeur, permettre à ces journalistes de constater les réflexions et pensées qui soutenaient son action. Un échange sans filtres en quelque sorte, sans artifices de communication, censé permettre au Français de mieux comprendre le pourquoi de certaines décisions qui ne pouvait pas forcément être exposé directement au moment où elles se prenaient. A nouveau, l’intention pouvait être louable, mais reposait sur un paramètre que Hollande a négligé : il ne contrôlait pas les journalistes et ceux-ci n’avaient pas nécessairement l’intention d’être bienveillants avec lui (ni malveillants non plus d’ailleurs, juste de retranscrire ce qu’ils ressentaient).

Ce commentaire ne vaut pas que pour Davet et Lhomme, lesquels n’ont finalement été que la manifestation la plus flagrante des relations que Hollande a entretenues avec la presse. Celles-ci remontent à l’époque où il était secrétaire général du PS, une époque où l’homme était connu pour être un « bon client », adeptes de petites phrases et de propos off qui faisaient le bonheur de ses interlocuteurs. Un Hollande copain-copain avec les journalistes donc, qui étaient nombreux à disposer de son numéro de portable. Ce rapport familier avec eux, Hollande l’a gardé inchangé lorsqu’il est devenu Président, il n’a pas compris qu’il était devenu une cible, ni pris la mesure de ce qui était arrivé à Nicolas Sarkozy, le fameux « Lèche, lâche, lynche » dont il allait subir de plein fouet lui aussi les effets. Éditos acerbes, couvertures cruelles, montages en épingle de tout incident même minime : avivé par la grogne social et économique, le Hollande-bashing n’a guère tardé à tourner à plein.

 

Face au tourbillon médiatique permanent qui est désormais la règle, avoir une communication adéquate est plus que jamais indispensable pour ne pas s’exposer inutilement ou pour rattraper les situations délicates. En ne s’entourant pas correctement à ce niveau, en n’écoutant pas (ou rarement) les avis de ses conseillers, en la jouant à sa guise sans demander l’opinion de quiconque, Hollande s’est fragilisé. S’il avait été un grand communicant ou doté d’un charisme puissant, peut-être ce problème n’aurait-il pas été rédhibitoire. Mais il n’était ni l’un ni l’autre, et ainsi a-t-il contribué à saper lui-même les fondations de sa présidence.

 

Si elles ont été outrancières et sans pitié, les attaques médiatiques envers Hollande ne sont toutefois pas parties de rien, et le Président a régulièrement tenu le bâton pour se faire battre. Le Président, ou son entourage proche, telle sa compagne Valérie Trierweiler, dont la bourde envers Ségolène Royal lors des législatives a irrémédiablement écorné l’image. Cette tendance s’est poursuivie pendant près de trois ans, trois années au cours desquelles Valérie Trierweiler n’est pas parvenue à trouver sa place à l’Élysée et a nourri une jalousie de plus en plus forte, qui allait se transformer en crise émotionnelle violente lorsque le magazine Closer (brisant le tabou de la vie privée présidentielle) étala publiquement les preuves de l’adultère du Président avec l’actrice Julie Gayet. Les photos de Hollande quittant l’appartement de sa maîtresse en scooter, la rupture avec Valérie Trierweiler qui suivit, sa vengeance de femme bafouée dans le brûlot Merci pour ce moment … (et notamment son passage venimeux sur les sans-dents) … autant d’actes qui eux aussi ont dégradé la stature présidentielle.

 

D’autres faits ont contribué à cette situation. Parmi eux, il en est un parfaitement anecdotique qui a pourtant eu un impact symbolique : la pluie. Celle-ci a semblé omniprésente au cours des premières années du quinquennat, et cela dès la journée d’investiture, avec un Hollande remontant les Champs Élysées sous des trombes d’eau, avant de se recueillir glacé jusqu’aux os sur la tombe du soldat inconnu. Des événements de ce genre se répétèrent régulièrement, dont l’un particulièrement mémorable sur l’île de Sein, où le Président s’était rendu pour rendre hommage aux héros de la Résistance. Sous les éléments déchaînés, il prononça un discours dont personne ne retint rien d’autre que son visage trempé et ses lunettes embuées, une image amplement partagée et moquée sur les réseaux sociaux, alors que Hollande espérait que serait louée sa capacité à affronter la tempête …

Hollande à l'île de Sein

Hollande à l’île de Sein – © AFP / FRED TANNEAU

 

Dans un tout autre registre, il y eut l’affaire Leonarda, du nom de cette adolescente rom interpellée en pleine classe et expulsée avec sa famille en situation irrégulière hors du territoire. Face au tollé suscité par la manière dont s’est opérée cette expulsion, François Hollande offrit à Leonarda, en direct à la télévision, de revenir seule, sans sa famille, en France, afin d’y terminer sa scolarité. La réponse fut évidemment négative, et les critiques aussitôt de pleuvoir sur le Président, qui lui reprochant d’avoir négocié avec une gamine qui l’a envoyé paître, qui de lui avoir proposé une solution inhumaine.

A bien des égards, l’affaire Leonarda a illustré un autre travers de la présidence Hollande : sa difficulté à trancher, préférant au choix tenter d’improbables synthèses (un art qui constituait sa marque de fabrique lorsqu’il était secrétaire général du PS et a atteint l’absurde dans le cas Leonarda), ou alors attendre que la situation se dénoue d’elle-même, quitte à ce qu’elle pourrisse tout à fait (p.ex. le maintien de Montebourg dans le gouvernement, jusqu’à une énième incartade qui poussa Valls à ne plus laisser le choix au Président). Cette attitude dérouta et, à bien des égards, était peu en phase avec le système prôné par la Ve République, basé sur un président fort, capable de prendre des décisions et de les imposer. Telle n’était pas la nature de Hollande, qui préférait adhésion et consensus, mais qui, faute de les susciter, faute de leur donner le cadre adéquat pour s’exprimer, aura contribué à entretenir l’image de sa faiblesse et d’une autorité qui pouvait quasi impunément être défiée. Bref, à nouveau, une intention louable et compréhensible, mais qu’un défaut de stature a empêché de réussir.

 

Autre élément ayant joué dans la perte de crédit et d’autorité du Président Hollande : le reniement de ses promesses. C’est ainsi en tout cas que beaucoup à gauche ont perçu son attitude visant à favoriser les entreprises en échange d’hypothétiques créations d’emplois (cf. la section Économie). Aussitôt, sa petite phrase de campagne « Mon adversaire, c’est la finance » lui est revenue en pleine face, tel le sparadrap du capitaine Haddock dont il est impossible de se débarrasser, Hollande passant désormais pour un « traître » aux yeux d’une partie de l’électorat qui l’avait porté au pouvoir. Après s’être fait violemment brocardé par les opposants au mariage homosexuel en particulier et la droite en général, Hollande voyait ainsi l’autre moitié du pays lui tourner le dos.

 

La grande exception à ce manque de stature aura été le comportement du Président lors des attentats de janvier 2015 contre Charlie-Hebdo et un Hyper Casher. A cette occasion, il agit avec solennité et force, trouvant les mots et l’attitude appropriés pour appeler la nation au calme, à la confiance et à l’unité. Le regain de popularité qui s’en suivit ne dura toutefois pas, ni ne se répéta avec la même ampleur suites à la tragique nuit du 13 novembre 2015, d’autant plus qu’Hollande se fourvoya dans la foulée avec la déchéance de nationalité (cf. la section L’horreur).

 

Autre domaine où François Hollande a fait preuve de dureté : dans son rôle de chef de des armées. Il a ainsi déclenché l’intervention militaire de la France au Mali et au Sahel, et aurait bombardé Bachar el-Assad si Barack Obama ne lui avait au dernier moment retiré son soutien. A cela s’ajoutent également la participation active de la France à la coalition internationale contre Daech, puis les frappes menées spécifiquement après les attentats du 13 novembre. Il est également de notoriété publique que Hollande a approuvé et ordonné l’élimination physique d’ennemis de France, une pratique qui n’est pas neuve, mais a semble-t-il été utilisée de manière fréquente sous son quinquennat. L’ensemble des ces éléments valent à François Hollande la réputation d’avoir été l’un des Présidents les plus interventionnistes depuis l’instauration de la Ve République.

 

Au bout du compte, François Hollande laisse l’image d’un président honnête mais manquant d’envergure, habile en tant que secrétaire du PS ou candidat, moins lorsqu’il s’est agi de diriger l’Etat, et qui a échoué à se représenter d’une part pour ne pas avoir tenu des promesses qui avaient permis de le faire élire, et d’autre part pour ne pas avoir été capable d’expliquer le pourquoi de ses revirements.

Jean-Marc Ayrault en 2014Nommé dans la foulée de la victoire de mai 2012 et conforté par les législatives de juin de cette même année, Jean-Marc Ayrault a vécu une descente aux enfers progressive. En cause : le manque de résultats économiques et une gestion gouvernementale fortement décriée.

Concernant la gestion gouvernementale (pour la partie économique, cf. la section qui y est consacrée), les reproches portent notamment sur un certain « amateurisme » de la part d’Ayrault et de ses ministres. En point de mire : une « impréparation » du pouvoir, comme si les socialistes étaient tombés des nues en découvrant qu’ils devaient gérer le pays et étaient arrivés aux postes de décision sans plans de bataille.

A cela s’ajoutent les difficultés du Premier ministre à tenir son équipe, à la faire fonctionner de manière unie et cohérente, avec pour conséquence des dissensions internes qui se répandent sur la place publique et dégradent l’image du gouvernement. Parmi ces dissensions :

  • le départ de la ministre de l’Écologie Delphine Batho, démise de ses fonctions en juillet 2013 après avoir critiqué le budget établi pour 2014
  • l’attitude bravache du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, qui, profitant du bon score qu’il a réalisé à la primaire socialiste de 2011, la joue régulièrement solo et fait entendre une voix dissonante de celle du gouvernement
  • les divergences de vue et de style régulièrement commentées entre le ministre de l’Intérieur Manuel Valls et la ministre de la Justice Christiane Taubira, ainsi que celles entre ce même ministre de l’Intérieur et la ministre du Logement, l’écologiste Cécile Duflot, dont la détestation réciproque est un secret de polichinelle

 

Ces problèmes de méthode ne seraient pas trop graves s’ils ne se doublaient d’une cacophonie fiscale dévastatrice, marquée par les menaces d’exil de citoyens en vue (Depardieu, Arnault), le fiasco de l’emblématique taxe à 75% (censurée par le Conseil constitutionnel) et les reculades face aux vifs mouvements de protestations de certaines catégories de citoyens (les « pigeons », les « bonnets rouges »). Cerise sur le gâteau : l’affaire Cahuzac, du nom de ce ministre délégué au Budget contraint de démissionner car mis en examen pour blanchiment d’argent provenant de … fraude fiscale.

Autre sujet de virulente discorde : le mariage homosexuel, qui révèle une scission profonde au sein de la population et débouche sur la mobilisation véhémente des opposants au projet. Manifestations et prises de position se multiplient sans discontinuer pendant des mois et, si le texte finit par être approuvé, il ne l’est qu’après un long tumulte et d’interminables palabres au Parlement. L’affaire n’est cependant pas terminée, le débat se déplaçant sur les questions de la PMA (procréation médicalement assistée), de la GPA (gestation pour autrui), et, plus généralement, sur le cadre législatif concernant la notion de « famille ». Loin de s’apaiser, les esprits continuent de s’échauffer, et François Hollande est contraint d’annuler début février 2014 l’examen par le parlement de la loi « famille » que son gouvernement devait porter.

Vilipendée par la partie la plus conservatrice du pays, la majorité présidentielle subit également les foudres de son propre camp, déçu par la politique migratoire (symbolisée par l’affaire Leonarda) menée par le très droitier Manuel Valls, mais aussi et surtout par la maigreur des mesures « de gauche » adoptées sur le plan socio-économique, avant que ne soit carrément effectué un virage social-démocrate début 2014, avec une hausse de la TVA et la proposition d’alléger les charges patronales en échange de création d’emplois. La petite phrase « mon adversaire, c’est le monde de la finance » revient alors comme un boomerang à François Hollande, de même que sa promesse non-tenue de renégocier les traités européens.

 

Manuel Valls en 2012Conséquence de ces déboires et reproches : la gauche gouvernementale se prend une claque aux municipales de mars 2014. Ayrault n’y survit pas et est remplacé par un Manuel Valls qui piaffait d’impatience d’arriver à ce poste.

Si les premiers mois lui sont favorables (son autorité et son volontarisme tranchent avec l’attitude de son prédécesseur et séduisent l’opinion publique), les difficultés ne tardent toutefois pas à surgir.

D’abord il y a la rupture – immédiate – avec les écolos, lesquels refusent de poursuivre l’aventure gouvernementale sous sa direction. L’affaire pourrait n’être que mineure, mais elle annonce une autre rupture, interne au PS celle-là, qui se matérialise en août 2014, lorsque, après une énième bravade, le tonitruant Arnaud Montebourg (devenu ministre de l’Économie) est viré en même temps que Benoît Hamon et Aurélie Filipetti, eux aussi partisans d’une politique plus à gauche que celle prônée par le Premier ministre et le Président. La déchirure du parti socialiste est désormais vive et béante, et va se traduire par une « fronde » grandissante qui entrave l’action de Valls, notamment lorsque doivent être votées les controversée lois Macron (été 2015, portée par le nouveau ministre de l’Économie qui a remplacé Montebourg) et El Khomry (été 2016), lesquelles seront adoptées via l’article 49.3.

Conjuguée à une situation économique qui tarde à vraiment s’améliorer (notamment en ce qui concerne le chômage) et au fiasco du projet de déchéance de nationalité ayant suivi les attentats de novembre 2015, cette situation provoque une chute rapide de la popularité de Manuel Valls, qui voit de plus en plus s’envoler ses rêves de se positionner pour 2022, voire pour 2017 si François Hollande, plombé par une impopularité gigantesque, décide de ne pas se représenter.

Contrairement à Emmanuel Macron qui décide de jouer sa carte personnelle en lançant son propre mouvement En Marche au printemps 2016, puis quitte le gouvernement en août de cette même année, le Premier ministre reste toutefois fidèle au Président et n’entend pas saboter une éventuelle nouvelle candidature de sa part. La donne change toutefois à l’automne avec le livre Un président ne devrait pas dire ça … . Le tollé à la sortie de cet ouvrage (qui reprend des entretiens mené pendant cinq ans entre le Président et les journalistes Gérard Davet et David Lhomme) est énorme, surtout dans le camp socialiste, où ils sont nombreux à être choqués par la légèreté de certains propos tenus par François Hollande. Déjà peu flatteuse, l’image du Président en ressort encore plus écornée, et l’indicateur de satisfaction concernant son action s’effondre à 4%. Pour Valls, c’en est trop, Hollande ne peut plus gagner en 2017, il est cuit, et le PS avec lui s’il se présente. Le Premier ministre le pousse alors à renoncer et à lui laisser la place, ce que Hollande finit par accepter.

 

Bernard Cazeneuve en 2012Pour pouvoir mener campagne (d’abord pour la primaire de gauche, puis, espérait-il, pour la présidentielle elle-même), Manuel Valls doit quitter Matignon. Pour le remplacer, François Hollande choisit le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

Celui-ci reconduit le précédent gouvernement dans sa quasi-totalité et se place en mode « gestion des affaires courantes » pour les six derniers mois du quinquennat de François Hollande, au cours desquels la campagne présidentielle occulte pratiquement toute autre activité politique.

Parmi les événements principaux arrivés sous le gouvernement Cazeneuve, citons : la perpétuation de la menace terroriste (plusieurs tentatives d’attentats sont déjoués) et le bref scandale des emplois fictifs accordés à ses filles par le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux (cf. la section Affaires)

 

Quelques ministres en vue

 

Christiane Taubira : ministre de la justice, elle incarne la loi du Mariage pour tous, ce qui lui vaut d’être durement ciblée par ses détracteurs, dérapages racistes en prime. Christiane Taubira est également dans la ligne de mire de la droite pour ses actions concernant la Justice, le reproche qui lui est le plus souvent adressé étant celui de laxisme. Elle est également contestée au sein de l’administration judiciaire pour son manque de méthode, une certaine désorganisation, et une communication abrupte et autoritaire. Personnalité forte du gouvernement, elle a des divergences de vue régulières avec Manuel Valls et démissionne de son poste en janvier 2016 en raison de son désaccord sur le projet de loi de déchéance de la nationalité.

Ségolène Royal : absente du gouvernement Ayrault suite à sa défaite aux législatives qui l’empêche qui plus est de prétendre au perchoir de l’Assemblée nationale qu’elle visait, l’ex-compagne de François Hollande et mère de ses quatre enfants intègre le gouvernement Valls en avril 2014 et devient (ou plutôt redevient, puisqu’elle l’a déjà été de 1992 à 1993) ministre de l’Environnement. Parmi ses succès : la tenue de la COP21. Dans un autre registre, c’est à elle que revient d’enterrer la taxe sur les poids lourds.

 

Laurent Fabius : l’ex-Premier ministre est le ministre des Affaires étrangères de François Hollande jusqu’en mars 2016, date à laquelle il devient président du Conseil Constitutionnel. Comme Ségolène Royal, la réussie de la COP21 est à mettre à son crédit. Laurent Fabius a également oeuvré aux négociations qui ont abouti à la conclusion d’un accord concernant le nucléaire iranien. Il s’est aussi impliqué dans les négociations de Genève tentant d’obtenir un cessez-le-feu en Syrie, en vain.

Jean-Yves Le Drian : le ministre de la Défense est une personnalité respectée du gouvernement, et son bilan est généralement peu critiqué. L’une d’entre elles a toutefois fait un peu de bruit : le cumul de son activité ministérielle avec la présidence de la région Bretagne, qu’il avait quittée en 2012 mais reprise en 2015 suite aux élections régionales. Ce cumul constitue de fait une entorse à la règle voulue par François Hollande, celui-ci la justifiant par la gravité de la situation suite aux attentats du 13 novembre 2015, lesquels requièrent que Le Drian reste en place alors qu’il s’était (avant les événements) engagé à quitter son poste si élu en Bretagne.

Arnaud Montebourg : troisième homme de la primaire de 2011, Montebourg a su se rendre indispensable à Hollande en le ralliant plutôt que Martine Aubry, arrivée deuxième et dont le programme était plus proche du sien. Nommé ministre du Redressement productif dans le gouvernement Ayrault, ses idées prônant un certain patriotisme économique le placent rapidement en opposition avec la ligne défendue par le Premier ministre et le Président. Une première période de tension apparaît dès 2012 lors des négociations sur le sort de Florange, pour laquelle Montebourg est partisan d’une nationalisation partielle. Cette option ne sera pas toutefois pas retenue, et si Montebourg demeure ministre, ses envolées flamboyantes et ses piques régulières contre ses partenaires de l’exécutif vont accroître les dissensions. La rupture se produit finalement en août 2014, alors que Valls a remplacé Ayrault depuis six mois : suite à une énième pique publique de Montebourg, Valls obtient son renvoi ainsi que celui de deux autres ministres contestataires, Benoît Hamon (ministre de l’Éducation) et Aurélie Filippetti (ministre de la Culture). Bien qu’étant un secret de polichinelle, la déchirure au sein du PS éclate alors au grand jour et voit apparaître un mouvement de frondeurs qui ne cachent plus leur désapprobation à propos de la politique gouvernementale. Cette situation contribue à miner le parti et mènera à la victoire de Benoît Hamon à la primaire de gauche en janvier 2017, suivi de son lâchage par l’aile droite socialiste (dont Valls, que Hamon a nettement défait au second tour de la primaire) au profit d’Emmanuel Macron.

 

Emmanuel Macron, justement. Nouvellement arrivé en politique (39 ans, ex-banquier chez Rothschild, jamais élu) a été une sensation du quinquennat. Proche conseiller économique de François Hollande à l’Elysée, l’homme devient ministre de l’Économie après le départ de Montebourg et mène une politique de centre-droit illustrée par la loi de libéralisation qui porte son nom, ainsi que par sa forte implication dans l’élaboration de la très controversée loi El Khomry. Jeune, moderne, atypique et ambitieux, il suscite un phénomène médiatique qui le propulse au rang de candidat crédible à la présidentielle.

La tentation de jouer sa carte personnelle augmentant avec l’impopularité croissante qui frappe Hollande, Macron lance son propre mouvement En Marche ! en avril 2016. Refusant un temps de se présenter comme candidat, il franchit un nouveau pas dans cette direction fin août 2016 en quittant le gouvernement. Finalement, il officialise sa candidature à la présidentielle à la mi-novembre de la même année.

 

Drapeau gayPortée par la ministre de la Justice Christiane Taubira, la loi dite « mariage pour tous » qui légalise le mariage homosexuel est une des mesures les plus emblématiques du quinquennat de François Hollande. L’une des plus emblématiques, mais aussi l’une des plus contestées. L’opposition à ce projet a été virulente et s’est traduite par des manifestations de grande ampleur, qui n’ont toutefois pas fait reculer le gouvernement sur son adoption le 23 avril 2013. En revanche, les ambitions portant sur la PMA et la GPA ont été drastiquement revues à la baisse.

Parmi les critiques figurent de nombreuses personnalités de droite (avec en tête de fil Christine Boutin, mais aussi François Fillon, Henri Guaino, Xavier Bertrand …) et de l’extrême-droite (le FN). La contestation est aussi et surtout le fait de la société civile, avec le collectif d’associations « La manif’ pour tous » (dont sera par la suite issu le mouvement politique « Sens commun »), ou encore le « Printemps français ». Parmi leurs figures emblématiques : Frigide Barjot et Béatrice Bourges.

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Autres mesures et événements marquants liés à des questions de société :

 

  • la tentative d’instaurer une taxe « poids lourds ». Cette volonté d’accroître la fiscalité du transport routier déclencha à partir de l’automne 2013 un mouvement de protestation massif orchestré par le Mouvement des Bonnets rouges apparu en Bretagne. Ce mouvement fut à la base de plusieurs manifestations, mais aussi d’actions de vandalisme contre des portiques d’autoroute devant être utilisés pour appliquer l’écotaxe. Face à cette pression, le gouvernement finit par reculer, la ministre de l’Environnement Ségolène Royal annonçant d’abord le gel du projet, puis, début 2015, sa suspension.
  • le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Ce dossier débattu depuis la fin des années 1960 a continué de pourrir pendant tout le quinquennat. Pour tenter d’y remédier, le gouvernement a organisé un référendum dans la région concernée. Son résultat s’est avéré favorable à l’exécution du projet, mais ses opposants refusent d’en démordre et les plus farouches continuent d’occuper la zone où doit être construit l’aéroport. La responsabilité de leur évacuation et du lancement des travaux incombera au prochain président, pour autant qu’il maintienne la décision entérinée par le référendum.
  • le projet de barrage de Sivens, lui aussi dans la ligne de mire d’altermondialistes qui en contestent la pertinence. Cette contestation a tourné au drame en octobre 2014, avec la mort d’un jeune homme de 21 ans tué par un tir de grenade offensive de la police lors d’une manifestation qui dégénéra. Fin 2015, le projet initialement prévu est finalement annulé.
  • le mouvement Nuit debout, déclenché au printemps 2016 suite aux actions de protestations s’opposant à la loi Travail.
  • la contestation justement de cette loi Travail (cf. section économique), laquelle fut très suivie et déboucha sur de nombreuses manifestations émaillées de violence et de prises à partie avec les forces de l’ordre.
  • la gestion du cas Florange, pour lequel une nationalisation partielle a été ardemment défendue (mais pas obtenue) par Arnaud Montebourg.
  • le maintien par le gouvernement du rejet de tous les permis d’exploration et d’exploitation du gaz de schiste par la technique de fracturation hydraulique.
  • la réforme des rythmes scolaires (baisse des heures de classe la journée en échange d’une diminution des vacances scolaires).
  • l’abaissement de l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt.
  • la suppression des peines planchers.
  • les polémiques sur les roms (dont l’affaire Leonarda, cf. section Le Président).
  • etc., etc.

Elle a frappé massivement la France à trois reprises au cours du quinquennat :

  • les 7, 8 et 9 janvier 2015, avec le massacre de la rédaction de Charlie-Hebdo et une prise d’otage meurtrière dans un Hyper Casher
  • le 13 novembre 2015, avec les 130 morts consécutifs à une série d’attentats mené simultanément à Paris, dont la tuerie du Bataclan
  • le 14 juillet 2016, avec la course délibérée d’un camion fou contre la foule massée le long de la Promenade des Anglais pour les festivités de la fête nationale (86 morts)

A ces attaques de grande ampleur s’ajoute toute une série d’autres actes terroristes ayant échoué (p.ex. l’attaque du Thalys) ou été déjoués, ou ayant fait un nombre restreint de victimes.

 

L’attaque contre Charlie Hebdo a sidéré un pays qui ne s’attendait pas à une telle manifestation de violence contre lui. A cette occasion, la réaction du Président François Hollande a été saluée pour sa dignité et sa solidité, avec en point d’orgue la tenue de la marche du 11 janvier à laquelle ont participé des chefs d’Etat du monde entier (à une exception notable près, celle de Barack Obama). Pour la première fois de son mandat, François Hollande a été considéré comme endossant pleinement les habits de Président et est ressorti grandi de la tragédie. Cette perception n’a toutefois qu’un temps et l’impopularité ne tarde guère à revenir.

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Si, après Charlie-Hebdo, la menace terroriste demeure latente, un certain retour, si pas à l’insouciance, du moins à la normale, ne s’en opère pas moins. Les attentats du 13 novembre vont toutefois le faire voler en éclat, avec un traumatisme d’autant plus grand que, cette fois, ce ne sont pas des policiers ou des gens accusés de blasphème qui ont été principalement ciblés, mais des anonymes par dizaines. Tout Français devient une cible potentielle, tout un mode de vie (la jeunesse festive des concerts et des soirées en terrasse) est visé, le pays redécouvre une situation de guerre qu’il n’avait plus connu depuis des décennies, et qu’il ne voyait plus à la télé qu’en films ou lors de reportage sur des régions lointaines (un des « arguments » invoqués par les terroristes sera d’ailleurs : « Vous bombardez en Syrie, on vous fait la même chose en France »).

Lorsque Hollande prend la parole cette nuit-là, les attaques sont toujours en cours. D’une voix blanche, il annonce que l’Etat d’urgence est décrété sur l’ensemble du territoire et que les frontières sont fermées. L’émotion qui le frappe est palpable et, comme en janvier, il en appelle à l’unité. Celle-ci ne va toutefois pas tarder à se lézarder. Contrairement à ce qui s’était passé au moment de Charlie-Hebdo, des critiques se font rapidement entendre sur la gestion de la sécurité du territoire. En outre, Hollande lui-même va contribuer à la division en annonçant sa volonté de déchoir de leur nationalité les Français partis faire le djihad. Problème : vu qu’il est interdit au niveau international de créer des apatrides, une telle mesure ne peut s’appliquer qu’à des binationaux, ce qui revient à créer une différence de traitements des Français basée sur leur origine.

Quelle était l’intention de Hollande en lançant une telle idée ? Prendre une mesure symbolique qui serait l’emblème de sa lutte contre le terrorisme ? Couper l’herbe sous le pied de l’opposition (l’UMP de Sarkozy en particulier) qu’il imaginait ne pouvoir rien faire d’autre que soutenir son projet ? Que cela ait été l’un ou l’autre ou les deux, cette proposition déclenche un tollé, déstabilise son gouvernement et met une nouvelle fois à nu les déchirures profondes qui hantent la gauche, une partie importante de celle-ci reprochant au Président et à son Premier ministre Manuel Valls de prendre des mesures sécuritaires et judiciaires que n’auraient pas reniées la droite.

Au bout du compte, la manœuvre est un fiasco : l’emblématique ministre de la Justice Christiane Taubira démissionne (27 janvier 2016) pour marquer son désaccord, et le projet de déchéance finit par être enterré par un Hollande penaud.

Dans un autre registre, l’action de Hollande et Valls est également critiquée pour ce qui est perçu comme une dérive de l’état d’urgence, à savoir la mise sous contrôle de militants écologistes et altermondialistes en vue de la COP 21 qui se tient à Paris deux semaines après le 13 novembre, nombre d’observateurs y voyant un moyen de se prémunir de toute contestation et manifestation comme ce genre d’événements sont régulièrement le cas.

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Le 14 juillet 2016, c’est au tour de Nice d’être la proie de la folie terroriste, avec 86 personnes tuées par une attaque au camion-bélier. Ici aussi les critiques ne tardent pas à fleurir contre les mesures de sécurité prises par le gouvernement Valls, d’autant plus que François Hollande venait d’annoncer un peu auparavant que l’état d’urgence allait être prochainement levé. Une vive polémique éclate également entre le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve et le président de la région PACA et ex-maire de Nice, Christian Estrosi, concernant la responsabilité de la surveillance des lieux publics. Bref, l’unité politique réclamée par tous après Charlie-Hebdo est bien loin, sans parler de l’unité des citoyens, laquelle, dès Charlie-Hebdo avait montré des fissures, entre d’une part les « Je suis Charlie », et une minorité de « Je ne suis pas Charlie » qui en surprit plus d’un.

Sur le plan international, le quinquennat de François Hollande a été marqué par :

 

  • la Syrie, où la guerre civile débutée en 2011 s’est considérablement dégradée et est loin d’être terminée, avec un Bachar el-Assad se maintenant au pouvoir et bénéficiant depuis septembre 2015 du soutien militaire de la Russie et de l’Iran. François Hollande a voulu y intervenir à l’été 2013, lorsque le régime de Bachar el-Assad a attaqué une zone rebelle au gaz. La France était alors prête à lancer des bombardements contre des bases du régime, mais a dû faire marche arrière en dernière minute suite à la décision de Barack Obama de ne pas appuyer cette initiative, le président américain ne voulant pas se retrouver embrigader dans un nouveau conflit empoisonné comme l’ont été l’Irak et la Libye.
  • Daech. Profitant du chaos syrien, l’organisation Etat islamique s’est implanté dans l’est du pays et y a étendu son oeuvre de terreur et de barbarie. De plus en plus ciblé par la coalition internationale (à laquelle la France prend une part active) qui multiplie les bombardements, Daech décide d’intensifier ses opérations extérieures et commandite de nombreuses attaques terroristes en Europe et aux Etats-Unis, au rang desquels les massacres de Charlie-Hebdo, du 13 novembre et de Nice (cf. la section L’horreur), mais aussi à Bruxelles, Orlando, Berlin et bien d’autres encore.
  • la grande vague migratoire. En partie alimentée par l’afflux de réfugiés fuyant le conflit syrien et la montée de Daech, mais aussi par une immigration économique notable venue d’Afrique, cette grande migratoire a pris l’Europe au dépourvu et, à partir de 2015, suscité d’énormes remous à travers tout le continent. De son côté, à la différence de l’Allemagne d’Angela Merkel qui, dans un premier temps, s’est montrée enthousiaste à accueillir les réfugiés, la France a adoptée une attitude beaucoup plus réservée et s’est surtout évertuée à décourager les migrants de rester dans l’Hexagone, notamment pour ne pas favoriser la montée du FN.
  • les relations avec le Qatar et l’Arabie saoudite, des pays avec lesquels la France entretient des relations diplomatiques et commerciales poussées (notamment en matière de ventes d’armes), mais dont certains résidents voire dirigeants sont soupçonnés de contribuer au financement et au développement de groupes terroristes islamiques.
  • la crise grecque et le psychodrame de juin et juillet 2015, lorsque le Premier ministre Alexis Tsipras, agitant le spectre d’un Grexit pour renégocier le fardeau de la dette qui pèse sur son pays, se heurte à une fin de non-recevoir ferme de la plupart des pays de la zone euro, notamment l’Allemagne. De son côté, la France adopte une attitude plus mesurée et tente de jouer les intermédiaires pour adoucir jusqu’à un certain point les discussions.
  • la relation cordiale entretenue avec Angela Merkel au niveau européen, mais l’absence de toute renégociation des traités. Hollande en avait pourtant fait une promesse majeure de sa campagne, mais il n’y donna jamais suite, ce qui lui sera amèrement reproché par l’électorat de gauche.
  • le Mali, où la France intervient en janvier 2013 pour repousser une offensive de groupes armés islamistes qui ont pris le contrôle d’une partie du pays. Après le succès de cette intervention, Hollande maintient une activité militaire dans la région pour lutter contre les unités terroristes qui déstabilisent le Sahel.
  • l’Ukraine, déchirée par un conflit civil opposant le gouvernement officiel à la forte minorité russophone du pays, soutenue par Moscou. La situation se dégrade à partir de 2014 et conduit à l’annexion de la Crimée par la Russie, ainsi qu’à la partition de fait de la partie est du pays (le Donbass). Lors des commémorations du débarquement le 6 juin 2014, Hollande et Merkel parviennent à organiser une entrevue entre Vladimir Poutine et le nouveau président ukrainien Petro Porochenko, afin de permettre l’ouverture d’un dialogue. Quelques mois plus tard sera signé le protocole de Minsk établissant un cessez-le-feu qui tient vaille que vaille depuis.
  • la COP21. Organisée à Paris fin novembre 2015, sa tenue est maintenue en dépit des attentats du 13 novembre qui se produisent peu avant. L’organisation de l’événement par la France est saluée, notamment le travail accompli par Ségolène Royal et Laurent Fabius pour parvenir à un accord. Fixant comme objectif une limitation du réchauffement climatique mondial entre 1,5°C et 2,0°C d’ici 2100, cet accord est considérée comme une avancée importante, bien que des critiques l’estiment trop timorés et que sa ratification effective soulèvent des doutes.

 

Jérôme Cahuzac en 2012La principale affaire ayant marqué le quinquennat a été celle dite « Cahuzac », du nom de ce ministre délégué au Budget contraint de démissionner car mis en examen pour blanchiment d’argent provenant de … fraude fiscale. L’histoire fit grand bruit et déstabilisa le gouvernement par sa symbolique et sa durée (quatre mois, du 4 décembre 2012, date de la révélation de l’affaire par Mediapart, jusqu’au 19 mars 2013, date de démission de l’intéressé).

En réaction à ce scandale qui avive la suspicion généralisée à l’égard des politiques (et s’étendra au ministre des Affaires extérieures Laurent Fabius, erronément accusé par Libération d’avoir un compte en banque en Suisse), le gouvernement adopte en octobre 2012 une loi visant à améliorer la transparence de la vie publique. Elle se caractérise notamment par la création d’une Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (composée de six membres issus de la Cour de cassation, du Conseil d’Etat et de la Cour des comptes) chargée de contrôler et publier les déclarations de patrimoines de certains élus, dont les membres du gouvernement, les députés, les sénateurs, etc. Autre conséquence remarquée : la création du PNF (Parquet national financier), chargé de traquer la grande délinquance économique et financière.

 

Parmi les autres affaires ayant émaillé le quinquennat, citons :

  • l’affaire Taubira, du nom de la ministre de la Justice accusée en mars 2014 d’avoir été informée des écoutes judiciaires menées sur Nicolas Sarkozy dans le cadre de l’affaire Bettencourt. De son côté, l’intéressée affirme le 12 mars n’avoir appris l’existence de ces écoutes qu’à la lecture du Monde du 7 mars et, pour le prouver, brandit un rapport de son administration … daté du 26 février ! Le clan Sarkozy se déchaîne, il a trouvé le contre-feu parfait pour faire diversion et retourner la situation en sa faveur. Quant à Christiane Taubira, elle paye le prix d’une inorganisation qui lui a souvent été reprochée, ainsi que d’avoir voulu jouer au plus fin en tentant de cacher quelque chose dont elle n’était sans doute réellement pas au courant, mais a craint de ne pas être capable de le prouver de manière suffisamment convaincante. Bilan de l’histoire : une sérieuse tempête pour la ministre et le gouvernement, dont l’image en ressort une fois de plus écornée.

Christiane Taubira en 2013

  • l’affaire Aquilino Morelle, du nom d’un conseiller du cabinet présidentiel de François Hollande, accusé par Mediapart de conflit d’intérêt en raison de liens passés avec des laboratoires pharmaceutiques alors qu’il était en poste à l’IGAS (Inspection générale des affaire sociales). Simultanément, Mediapart affirme aussi qu’Aquilino Morelle fait venir à l’Elysée un cireur spécialement chargé de l’entretien des (nombreuses) paires de chaussures qu’il possède. Morelle a beau payé le cireur de sa poche, rien n’y fait, l’image du parvenu menant grand train dans les salons de la République lui est aussitôt accolée. Hollande juge alors sa situation intenable et le pousse à une démission rapide (avril 2014).
  • l’affaire Thomas Thévenoud, du nom de ce secrétaire d’Etat nommé le 26 août 2014 et contraint de démissionner neuf jours plus tard en raison de revenus non-déclarés et d’impôts non-payés depuis plusieurs années. Des révélations de factures impayées (cantine scolaire ; fournisseurs divers ; etc.) suivront dans la foulée. L’intéressé se justifiera en se déclarant atteint de « phobie administrative ».
  • l’affaire Jouyet-Fillon, du nom du secrétaire général de la présidence de la République Jean-Pierre Jouyet et l’ex-Premier ministre de Nicolas Sarkozy François Fillon, ce dernier étant accusé d’avoir demandé au premier de faire en sorte que les procédures judiciaires menées à l’encontre de l’ex-Président soient accélérées pour l’empêcher de revenir dans l’arène politique. Cette information est révélée en novembre 2014 par les journalistes Davet et Lhomme (les mêmes qui publieront Un président ne devrait pas dire ça …). Tant Jouyet que Fillon en nient d’abord la véracité, avant que Jouyet ne déclare qu’une telle demande a bien été formulée. De son côté Fillon dépose plusieurs plaintes (dont une en diffamation contre Jouyet) mais est chaque fois débouté.

  • le coiffeur de l’Elysée : en juillet 2016, le Canard enchaîné révèle que le coiffeur attitré du Président est rémunéré près de 10 000 euros/mois, soit l’équivalent du salaire d’un ministre. La somme a beau être justifiée par la disponibilité exigée de l’artisan et la perte de clientèle qui en découle, elle n’en paraît moins choquante et démesurée aux yeux de nombre d’observateurs.
  • etc., telles l’affaire Yamina Benguigui (ministre déléguée à l’Économie qui n’a pas déclaré l’entièreté de son patrimoine et qui, alors que l’affaire éclate en mars 2014, n’est pas reconduite dans le premier gouvernement Valls) ;  l’affaire Kader Arif (secrétaire aux anciens combattants qui démissionne de ses fonctions en novembre 2014 suite à l’ouverture d’une enquête préliminaire sur des marchés publics attribués à certains de ses proches) ; l’affaire Faouzi Lamdaoui (conseiller à l’égalité et à la diversité auprès du Président, soupçonné d’être impliqué dans une histoire de recel d’abus de biens sociaux et de fraude fiscale, et contraint à la démission en décembre 2014) ; l’affaire Bruno Le Roux (ministre de l’Intérieur dont il est révélé au printemps 2017, en plein Penelopegate, que lui aussi a attribué des emplois publics douteux à des membres de sa famille, en l’occurrence ses filles adolescentes).

 

François Hollande en 2015Si les scandales n’ont donc pas épargné le quinquennat de François Hollande, il convient toutefois de noter que les personnes incriminées ont généralement été sommées de démissionner dès lors que les soupçons de mauvaises conduites devenaient forts et étayés. De même, beaucoup de ces affaires apparaissent finalement (sans que cela ne les excuse) comme relativement mineures et le fait de dérives individuelles souvent antérieures à la nomination au gouvernement des personnes concernées. Dans l’ensemble, la promesse d’exemplarité faite par François Hollande a été respectée, dans le sens où chaque fois qu’un impair moral a été identifié, il a été sanctionné. Quant à l’affaire la plus emblématique (Cahuzac), elle a donné lieu à un renforcement substantiel de la transparence politique, certes pas parfait, mais allant dans la bonne direction et offre davantage de moyens pour lutter contre jour la corruption et les trafics d’influence.

Si un reproche peut être adressé à Hollande et ses Premiers ministres, c’est sans doute de ne pas avoir pris assez de précautions au moment d’effectuer les nominations de ministres ou secrétaires d’Etat. A contrario, les accusations de conspiration ou d’utilisation de l’appareil de l’Etat à des fins politiciennes semblent peu recevables, n’en déplaise à François Fillon et à sa théorie du cabinet noir. Sans doute Hollande et ses gouvernements successifs ne sont-ils pas totalement irréprochables en la matière, néanmoins rien n’indique de dérives à grande échelle pareilles à d’autres observées lors de quinquennats antérieurs.

Du côté de la droite classique, le début du quinquennat est marqué par la guerre de succession qui oppose François Fillon et Jean-François Copé pour la tête de l’UMP. Alors que le scrutin de novembre 2012 aurait dû clarifier la situation, les soupçons de fraude et l’écart serré entre les candidats ne permettent pas de désigner un vainqueur incontesté. L’imbroglio est total et le parti entre dans une longue période d’incertitude, que n’aide pas à résoudre le rejet des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy qui met à mal les finances du parti et le contraint à organiser un « Sarkothon » afin de renflouer la trésorerie de l’UMP.

Les comptes de campagne de la présidentielle 2012 n’ont toutefois pas fini d’empoisonner la vie du parti de droite. En cause : l’affaire « Bygmalion », du nom de la société chargée d’organiser les meetings de Nicolas Sarkozy lors de ladite présidentielle, et qui aurait surfacturé d’autres prestations à l’UMP afin de ne pas faire exploser le plafond des dépenses prévues par la loi dans le cadre d’une campagne électorale.

Dévoilée peu avant les municipales de mars 2014 (lesquelles sont un succès pour l’UMP), l’affaire éclate réellement au lendemain des européennes (mai 2014) et provoque la chute de Jean-François Copé, tandis qu’un triumvirat Fillon-Juppé-Raffarin prend provisoirement la tête de l’UMP jusqu’à la tenue six mois plus tard d’un nouveau scrutin pour élire un président de parti.

Ce scrutin, Nicolas Sarkozy entend bien y prendre part. L’ex-Président est pourtant dans le viseur de la justice et, dans le cadre d’une affaire connexe aux soupçons de financement de sa campagne de 2007 par la Libye de Kadhafi, a même été placé sur écoute par des juges. Si le camp Sarkozy hurle à la cabale et contre-attaque violemment (plutôt bien d’ailleurs, puisqu’il réussit à détourner les projecteurs sur l’attitude du gouvernement, en particulier celle de la ministre de la Justice Christiane Taubira, cf. la section Affaires), il n’empêche que la tournure des événements le place dans une position inconfortable en vue d’un « come-back ».

Nicolas Sarkozy en 2010

Celui-ci a pourtant bel et bien lieu : Nicolas Sarkozy est élu au premier tour du scrutin président de l’UMP. Sa victoire n’est toutefois pas un plébiscite (64,5% vs. 29,2% à Bruno Le Maire et 6,3% à Hervé Mariton) et il le sait : son retour ne fait pas l’unanimité, l’ancien président a du mal à obtenir une dynamique forte en sa faveur, la contestation interne reste importante et les observateurs sont circonspects quant à sa capacité à séduire à nouveau les électeurs. La première étape de son projet est néanmoins remplie, il dirige l’UMP et, quoique contraint de l’organiser alors qu’il en rejetait l’idée, c’est lui qui sera à la manœuvre pour la primaire en vue de la présidentielle.

Alain Juppé

Face à lui, un adversaire qui s’est depuis longtemps déclaré : Alain Juppé. Dans la course au long cours qui s’annonce, le maire de Bordeaux au profil de sage éclairé et consensuel fait rapidement figure de favori par rapport à un Sarkozy qui poursuit la stratégie adoptée pendant la présidentielle 2012, à savoir droitiser son discours et chasser sur les terres du FN. Le résultat des départementales de mars 2015 le conforte dans cette position : « L’alternance est en marche, rien ne l’arrêtera », pavoise-t-il. Ses opposants internes tentent de le tempérer, mais le fait est que Sarkozy a marqué des points, avec un FN qui, malgré une forte hausse en sa faveur n’est arrivé en tête dans aucun département au second tour et n’a décroché aucun élu, ce qui, aux yeux de l’ex-Président, valide sa ligne décomplexée à droite toute, illustrée pendant la campagne par (entre autres) un débat surréaliste sur les menus de substitution dans les cantines scolaires, ainsi que par le maintien de la doctrine « ni-ni » dans les cantons où la gauche et l’extrême-droite s’affrontaient au deuxième tour.

La donne évolue toutefois à mesure qu’approchent les régionales (décembre 2015). D’une part parce que les affaires (Bygmalion surtout) continuent de menacer l’ex-Président, lequel est entendu par la police en septembre après que Copé (qui l’a directement mis en cause lors de son audition) l’a été en juillet. Et d’autre part parce que les attentats de novembre 2015 bouleversent le pays et favorisent la montée d’un FN qui paraît en position de l’emporter dans deux à trois régions.

Pour éviter un tel scénario, les appels à la raison et à la mobilisation se multiplient dans les derniers jours de la campagne. A gauche, Manuel Valls a lancé dès avant les attentats l’idée d’une fusion entre le PS et Les Républicains (le nouveau nom du parti, qui a abandonné UMP, jugé trop marqué par les affaires) après le premier tour dans les régions où un « simple » retrait socialiste ne suffirait pas à garantir un barrage contre l’extrême-droite. Des deux côtés, la proposition est mal reçue et rejetée, même si, pour la formation de droite, la prise d’une région par le FN serait un coup dur, lequel se transformerait en camouflet pour Sarkozy si une deuxième ou une troisième venait à tomber dans l’escarcelle des frontistes.

Au soir du premier tour, côté républicains, c’est la soupe à la grimace qui prévaut. Les régionales devaient être un triomphe, et pour Sarkozy un marchepied vers la primaire, elles sont à deux doigts de tourner au désastre. Au bout du compte, la catastrophe sera évitée, la droite empochant sept régions métropolitaines, la gauche cinq et le FN aucune. Le souffle du boulet n’est pourtant pas passé loin, notamment en PACA et dans le Grand Nord (futur Hauts-de-France),où la victoire n’a été acquise que grâce au sacrifice des listes de gauche et à la mobilisation populaire pour former un barrage républicain contre l’extrême-droite. Sans surprise Nicolas Sarkozy y voit une nouvelle preuve de sa stratégie du « ni-ni », mais c’est peu dire que sa posture de « meilleur rempart » contre le FN sort largement écornée du scrutin.

Les mois qui suivent voient les pronostics de victoire à la primaire en faveur de Juppé être confortés. La situation va toutefois basculer dans les dernières semaines de campagne. Non pas en faveur de Nicolas Sarkozy, ni même de Bruno Le Maire, longtemps annoncé comme le troisième homme du scrutin, mais bien de François Fillon, lequel, à la surprise générale, remonte tout le monde dans la dernière ligne droite et gagne sans l’ombre d’une contestation l’investiture du parti.

Marine Le PenLe Front national est le parti qui a le plus progressé aux élections intermédiaires du quinquennat de François Hollande.

Si le bon score de Marine Le Pen à la présidentielle de 2012 et des résultats en hausse aux législatives qui ont suivi annonçaient un regain de forme de la formation d’extrême-droite, celui-ci s’est matérialisé en termes d’élus à partir de 2014, avec d’abord la prise de onze villes aux municipales de mars, puis la place de premier parti de France aux Européennes de mai (25% des suffrages) et l’obtention historique de deux sièges au Sénat en septembre.

Mieux (ou pire, selon les points de vue) : le FN confirme sa dynamique lors des départementales de mars 2015 en virant en tête au premier tour dans pas moins de 43 départements. Un gros bémol toutefois : au bout du compte, il n’en remporte aucun, y compris ceux où il avait pourtant une chance réelle de l’emporter. A chaque fois, le parti bute contre un plafond de verre (en l’occurrence la mobilisation républicaine pour lui faire barrage) qui l’empêche de transformer l’essai et de gagner des collectivités à gérer.

L’histoire se répète neuf mois plus tard lors des régionales de décembre 2015. A nouveau le FN affole les compteurs, à nouveau il a une chance réelle et substantielle de gagner des territoires (PACA et Grand Nord surtout), à nouveau le front républicain (certes mis à mal par Nicolas Sarkozy et la stratégie du « ni-ni » qu’il prône ouvertement depuis son retour à la tête de l’UMP) se met en branle et déjoue ses ambitions. Le prix payé par le PS est toutefois élevé, avec le retrait de ses listes au second tour dans les deux régions les plus menacées, tandis que Marine Le Pen, elle, apparaît désormais comme partante quasi certaine pour le second tour de la présidentielle de 2017.

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Cécile DuflotDu côté d’Europe-Écologie-Les Verts, la tendance a été radicalement inverse. Fort de son alliance avec le PS, le parti s’est certes retrouvé à bord du gouvernement Ayrault, mais ses membres y ont eu une action plutôt insignifiante et se sont surtout manifestés (principalement dans le chef de Cécile Duflot) par des désaccords publics avec certains de leurs partenaires. Dans le viseur : le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, avec qui les relations sont exécrables, de sorte que sa nomination au poste de Premier ministre en mars 2014 entraîne une rupture inévitable entre écolos et socialistes.

EELV entre alors dans une période de division aiguë qui débouche sur une scission avec la fondation du Parti écologiste où se retrouvent notamment François de Rugy, Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili et Emmanuelle Cosse. Ceux-ci se rabibochent avec Valls et Hollande et, début 2016, les trois derniers cités entrent au gouvernement. De son côté, François de Rugy (le président du parti) annonce sa candidature à la primaire de la gauche lorsque celle-ci est décidée, une primaire de la gauche à laquelle ne participe pas EELV, qui désigne en novembre 2016 Yannick Jadot comme candidat à la présidentielle, préféré à Michèle Rivasi et surtout à Cécile Duflot, à peine troisième du vote des militants. Les perspectives électorales de Jadot apparaissent toutefois vite médiocres et, sous pression des caciques du parti, celui-ci doit se résoudre à négocier un accord avec le vainqueur de la primaire de gauche Benoît Hamon, accord selon lequel Jadot se rallie à lui en échange de circonscriptions réservées à EELV pour les législatives.

Rayon électoral, EELV a pris l’eau lors des scrutins intermédiaires, notamment aux Européennes, où le score d’EELV s’est effondré de 28% à 9%. Et si la prise de la mairie de Grenoble par Eric Piolle en alliance avec le Front de Gauche lors des municipales de 2014 laissait espérer que l’établissement d’une telle union pour les départementales et les régionales pourrait être fructueuse, il n’en a en pratique rien été.

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Du côté du PCF aussi le quinquennat a été difficile. avec des pertes emblématiques en Seine-Saint-Denis lors des municipales de mars 2014, et la perte de l’Allier lors des départementales, le Val-de-Marne restant le seul département détenu par les communistes.

Les cinq années Hollande ont également été difficiles en ce qui concerne les relations du PCF avec leur allié au sein du Front de Gauche, le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon. Entendant poursuivre la dynamique qui l’a mené à 11% à la présidentielle de 2012, le tribun a surtout travaillé sa candidature pour 2017, notamment via la fondation du mouvement France insoumise. Peu encline à le suivre, la direction du PCF (dont Pierre Laurent est le secrétaire général) a finalement accepté de se ranger derrière lui, plus ou moins contrainte et forcée par le vote d’une majorité étriquée de ses militants en faveur d’une telle alliance.

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Du côté du Modem, l’après-présidentielle 2012 a été difficile avec une défaite de François Bayrou aux législatives suite au refus de la candidate PS (qui remporta finalement l’élection) de se retirer, alors que des François Bayrou en 2009dirigeants socialistes estimaient qu’un geste devait être fait en remerciement d’avoir appelé à voter Hollande contre Sarkozy lors du second tour.

La traversée du désert de Bayrou dure jusqu’en mars 2014, lorsqu’il remporte la mairie de Pau. Il apporte ensuite son soutien à Alain Juppé pour la primaire de la droite, affirmant qu’il ne se présentera pas à la présidentielle de 2017 si le maire de Bordeaux est investi. La défaite de celui-ci le contraint à revoir ses plans et, après avoir songé à se lancer pour une troisième campagne, il choisit finalement d’offrir une alliance à Emmanuel Macron, qui l’accepte.

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Emmanuel Macron, justement. Nouvellement arrivé en politique (39 ans, ex-banquier chez Rothschild, jamais élu) a été une sensation du quinquennat. Proche conseiller économique de François Hollande à l’Elysée, l’homme devient ministre de l’Économie après le départ de Montebourg et mène une politique de centre-droit illustrée par la loi de libéralisation qui porte son nom, ainsi que par sa forte implication dans l’élaboration de la très controversée loi El Khomry. Jeune, moderne, atypique et ambitieux, il suscite un phénomène médiatique qui le propulse au rang de candidat crédible à la présidentielle.

La tentation de jouer sa carte personnelle augmentant avec l’impopularité croissante qui frappe Hollande, Macron lance son propre mouvement En Marche ! en avril 2016. Refusant un temps de se présenter comme candidat, il franchit un nouveau pas dans cette direction fin août 2016 en quittant le gouvernement. Finalement, il officialise sa candidature à la présidentielle à la mi-novembre de la même année.

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Autre opposition rencontrée par François Hollande : celle des frondeurs du parti socialiste, au rang desquels Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, pourtant ministres jusqu’en août 2014, mais qui doivent quitter le gouvernement après une énième provocation. La fronde interne au PS s’exprimera ensuite notamment au Parlement avec une opposition manifeste aux projets de lois Macron et El Khomri, pour lesquels Valls devra dégainer le 49.3. Reproche principale des frondeurs : le virage économique de centre-droit dont est accusé Hollande et le non-respect de ses promesses au peuple de gauche en 2012 (cf. les sections sur l’économie et le Président).

Scrutins intermédiaires

Régionales 2015

Régionales 2015

13 décembre 2015 – Alors qu’il est en passe de remporter deux à trois régions, le FN est contré au second tour des Régionales 2015 par le front républicain et la mobilisation des abstentionnistes.

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Départementales 2015

Départementales 2015

31 mars 2015 – Troisième déroute d’affilée pour la gauche ; essai une nouvelle fois non-transformé pour le FN ; la droite grande gagnante du scrutin : telles sont les conclusions du second tour des départementales 2015.

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Sénatoriales 2014

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28 septembre 2014 – Sans surprise, les sénatoriales 2014 voient la droite reprendre la majorité, quoique sans véritable raz-de-marée, la gauche limitant la casse.

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Européennes 2014

Européennes 2014

25 mai 2014 – Les sondages n’ont pas été démentis par les urnes : les Européennes 2014 sont une nouvelle défaite pour le PS et une victoire nette pour le FN, premier parti du scrutin.

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Municipales 2014

Municipales 2014

4 avril 2014 – Les municipales ont accouché d’un désaveu cinglant pour la gauche gouvernementale qui voit s’effondrer une partie de l’assise sur laquelle elle a bâti sa prise de pouvoir.

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